Argentine

Les piqueteros: un axe de l'auto-organisation populaire

Charles-André Udry (Article paru dans Le Courrierdu 12 mars 2002.)

Le 16 février sur la place de Mai, dans la capitale fédérale de l'Argentine, puis le 17 février 2002, dans le grand cinéma Colonial (à la frontière de la banlieue de Buenos Aires) s'est tenue la première Assemblée nationale des travailleurs occupés et sans emploi depuis le renversement, les 19-20 décembre, du gouvernement de Fernando de la Rua1.

Cette Assemblée a débouché sur la création du Bloc piqueteronational et l'adoption du Plan de lutte pour l'emploi et contre la politique socio-économique du gouvernement péroniste d'Eduardo Duhalde.

Du 11 au 15 mars vont s'organiser dans toute l'Argentine des marches qui doivent confluer sur la place de Mai à Buenos Aires. Le 17 mars se tiendra une Assemble nationale des assemblées populaires.

Un mouvement multiple

Le mouvement des chômeurs et chômeuses, connu sous le nom de mouvement des piqueteros2, a été rejoint, au cours des dernières semaines, par des secteurs de travailleurs et travailleuses. Ce n'est donc pas un mouvement exclusif de sans-emploi, même si ces derniers (en) constituent l'essentiel de ses rangs. Les hommes et les femmes qui s'identifient à ce mouvement et s'y organisent forment un large éventail: depuis les jeunes qui, après l'école, n'ont jamais eu la possibilité de trouver un emploi et vivent dans une précarité extrême, jusqu'aux femmes cheffes de foyer sur qui repose la responsabilité d'assurer la subsistance d'un réseau familial et de permettre aux enfants d'être scolarisés, en passant par des salarié·e·s qui travaillaient il y a encore quelques années et qui disposent d'un «savoir-faire» syndical. Enfin, il faut y ajouter des secteurs de l'immigration en provenance du Pérou, de l'Equateur ou de la Bolivie. En outre, les piqueteros traduisent dans leur composition et leurs dynamiques la diversité du «tissu social» dans un pays fort étendu où les spécificités régionales sont marquées.

A l'heure présente, le mouvement des piqueteros s'articule, de plus en plus, avec les Assemblées de quartier et les cacerolazos(les petits épargnants qui s'affrontent aux banques qui les ont expropriés). Tous ces secteurs se heurtent au gouvernement et aux représentants des partis traditionnels (péronistes et radicaux), promoteurs de la crise économique et la gérant plus que jamais à l'avantage de la minorité privilégiée.

Il en découle une confluence, toute récente et partielle, entre des employés et des chômeurs-travailleurs. Cela, examiné sous l'angle historique et politique, implique que commence à se réduire la césure traditionnelle entre les «travailleurs» et les «employés», qualifiés de «classes moyennes». Cette coupure a été entretenue, d'un côté, par le Parti justicialiste (péronisme) de Carlos Raul Menem ou d'Eduardo Duhalde, censé représenter les «travailleurs» (,) par le biais des syndicats officiels et par un clientélisme efficace; et, de l'autre côté, par l'Union civique radicale (radicalisme) de Raul Alfonsin ou de Fernando de la Rua, porte-parole proclamé des «classes moyennes». Or, maintenant, ces deux forces politiques font alliance contre la rébellion populaire désignée comme une «anarchie anti-démocratique».

Le mouvement des piqueteros est en pleine évolution sous l'impact d'une crise économique abyssale, de l'essor de la rébellion populaire et de l'interaction entre les diverses structures de démocratie directe qui ont surgi et s'étendent (assemblées de quartier, piqueteros, groupes de petits épargnants devenus casseroleuses et casseroleurs affrontant les banques expropriatrices, travailleurs occupant des fabriques en faillite et les faisant fonctionner).

Les racines du mouvement

Le mouvement des piqueterosreprésente une des structures les plus importantes dont se sont dotées les couches populaires pour faire face à leurs besoins, imposer leurs revendications, créer un rapport de force vis-à-vis du gouvernement et des autorités provinciales comme locales et, enfin, accroître leur degré d'auto-organisation. Ce dernier aspect implique, pratiquement, l'acquisition d'une autonomie, la plus grande possible, face aux scories bureaucratiques du mouvement syndical issu du péronisme: d'une part, la CGT (Confédération générale du travail) qui après divisions et réunification au début des années 80 se sépara en deux ailes, dès octobre 1990: la CGT officialiste et la CGT dissidente; et, d'autre part, le courant plus combatif de la CTA (Centrale des travailleurs argentins) qui gardait toutefois une orientation de négociations et même d'appuis ponctuels au gouvernement de Menem (ou de Duhalde, aujourd'hui).

Ce mouvement des piqueterosn'est pas un simple produit du présent ou du passé proche. Il est inconcevable si on ne le rattache pas à une tradition de luttes ouvrières et syndicales - avec leurs profils spécifiques dessinés par le péronisme et les processus de décantation qu'il a connus ces quinze dernières années - qui ont marqué l'histoire de l'Argentine, au moins depuis 1945. C'est-à-dire depuis la descente dans la rue de centaines de milliers de travailleurs et de «sans chemises» qui, en juin 1945, exigeaient la libération du général Péron.

Les soulèvements urbains de 1969 - le Cordobazo en mai (ville de Cordoba) et le Rosariazo en septembre (ville de Rosario) - sont certainement présents dans la mémoire de milliers d'hommes et de femmes qui sont, en ce moment, partie prenante de l'argentinazo(initié en décembre 2001).

De même les luttes ouvrières, avec des hauts et des bas au cours des deux dernières décennies, ont marqué de leur empreinte la pratique et la conscience d'une fraction -actuellement revivifiée - de travailleurs et travailleuses ou de chômeurs.

L'aversion pour les forces de répression est le produit de la douloureuse épreuve de la dictature de 1976 à 1983: combien de «combattants populaires» ont été soumis à la torture, ont «disparu» ou ont été emprisonnés? La «rigueur policière» a frappé ces dernières années des jeunes désaffiliés d'une «société» qui, au mieux, leur propose un emploi éphémère et vaguement rétribué.

Les premiers piqueteroseffectifs sont apparus en décembre 1993 dans la ville de Santiago del Estero, capitale de la province du même nom au nord de l'Argentine, à quelque 430 km de Cordoba. En novembre, le gouvernement de la province, sous les ordres du gouvernement fédéral de Menem, avait décidé de réduire l'emploi public (10'000 licenciements) et de diminuer de 50% les salaires pour les salarié·e·s restants. De façon spontanée, les travailleurs et la population occupèrent les places publiques, coupèrent les rues et attaquèrent, en y mettant le feu, le «palais» gouvernemental. Se mettait en place un type d'action en riposte à de violentes attaques à l'emploi, aussi bien dans le public que dans le privé, ce dernier déjà sapé par les privatisations. Des villes étaient devenues des fantômes, sans industrie et avec un secteur public brutalement soumis à une cure d'amincissement que des libéraux helvétiques n'osent même pas rêver, en secret.

Ce genre d'action et d'organisation se développera à l'échelle du pays. En 1996 à Cultral-Co, zone pétrolière au Nord de Neuquen, la privatisation de YPF (société pétrolière étatique) et sa reprise par la firme espagnole Repsol vont aboutir à des licenciements massifs. Un soulèvement éclate; les rues sont occupées et bloquées durant des semaines. L'ensemble de la population participe à cette défense collective de l'emploi et de la survie d'une région. Une habitante, Teresa Rodriguez, est tuée. Elle deviendra l'emblème, jusqu'à aujourd'hui, d'une des plus importantes organisations de chômeurs et chômeuses: le Movimiento Teresa Rodriguez (MTR).

En 1997, des rébellions similaires se produisent dans diverses régions du pays: à Libertador General San Martin (ville sucrière au nord-est de Jujuy), à Tartagal (ville voisine de la frontière avec la Bolivie) et à Cruz del Eje (au nord-est de Cordoba). La même année se constitue le premier piquet à Florencia Varela dans la province de Buenos Aires. Une région socialement et politiquement stratégique est alors «atteinte» par le mouvement des piqueteros.

Au cours de ces luttes, le mouvement des piqueterosacquiert des caractéristiques nouvelles: il s'organise plus stablement et intègre des couches sociales paupérisées. Il apparaît comme une forme de résistance radicale face à la désagrégation du maillage socio-économique provoquée par le régime d'accumulation du capital et celui d'ouverture économique (recolonisation complète de l'Argentine), placés tous deux sous la «bénédiction» de la présidence de Carlos Menem.

Entre 1993 et 1999, on compte 685 rébellions locales, coupures de routes et blocages d'accès à des régions.

Le tournant de 1999-2000

En décembre 1999, c'est le nouveau gouvernement du radical de la Rua qui doit faire face à une mobilisation s'assimilant à celles des piqueterosdans la province de Corrientes (proche du Paraguay). Des employés du secteur public ainsi que des enseignants de cette province exigent que des salaires impayés leur soient versés. De la Rua réagit comme Menem: intervention de la gendarmerie nationale, arrestations, salariés tués. Au discrédit du péronisme à la Menem va s'ajouter celui du radicalisme couleur de la Rua; un président accueilli favorablement, en 1999, par la «gauche» européenne.

Une autre expérience va servir de point de référence au mouvement national des piqueteros: celle du MTD (Mouvement des travailleurs sans emploi) de Solano, ville à 35 km de Buenos Aires. Aux coupures de routes et à l'organisation de la survie quotidienne, le MTD ajoute un travail de formation socio-politique, d'éducation professionnelle et de contre-propositions afin de neutraliser les initiatives du gouvernement de la Rua qui utilise les «plans d'emplois» afin d'endiguer la colère sociale et de stabiliser sa propre base clientélaire (face au péronisme).

En l'an 2000, dans tout le pays, s'agencent des luttes contre des licenciements, pour obtenir le versement d'arriérés salariaux, pour l'obtention d'emplois et d'aide de la part des autorités locales, ainsi que d'une allocation de chômage. Comme toujours dans une telle conjoncture, certaines luttes prennent un caractère exemplaire. Ce sera le cas du combat mené par les travailleurs d'une entreprise de transport à General Mosconi, dans la province de Salta (nord du pays).

Au cours de l'année 2000, se généralisent «à l'intérieur» du pays - pour reprendre une formule en vigueur à Buenos Aires - mobilisations, occupations, coupures de routes et affrontements avec les forces de l'ordre. Le tournant interviendra quand le Grand Buenos Aires, ce cordon presque ex-industriel qui entoure la capitale, deviendra le terrain d'un affrontement de classes conduit par le mouvement des piqueteros.

Le département de La Matanza dans la province de Buenos Aires se transforme en creuset du mouvement des piqueteros, lui donnant les caractéristiques les plus avancées qu'il aura jusqu'en décembre 2001. Quelques données chiffrées permettent de saisir le rôle de ce département: 1,3 million de personnes y vivent et la majorité dispose d'un revenu tout juste suffisant pour faire face aux besoins alimentaires de base. Selon l'INDEC (Institut de la statistique et du recensement), en 2000, près de 480'000 personnes se trouvent en dessous de ce minimum dans ce département. Parmi ceux qui ont un travail, 39% sont des précaires «au noir», ne disposant d'aucune couverture sociale et encore moins de droits liés à la législation du travail.

Il n'est pas étonnant que ce soit dans cette région qu'en juillet 2001, dans l'église de La Matanza, se tienne la Première rencontre nationale des piqueteros. Lors de cette réunion nationale, la direction de la CGT (Moyano) a été vivement rejetée lorsqu'elle a voulu adresser un message aux 2000 délégués. La rupture avec le syndicalisme péroniste se faisait nette. Restaient (et restent) la question des relations entre ce mouvement et le courant classiste de la CTA (représenté par D'Elia, Alderete) et les relations complexes, dans cette phase de politisation, avec les partis de la gauche radicale. Depuis juillet 2001, le mouvement va prendre une dynamique socio-politique nationale visible.

Cocktail explosif

L'arrière-plan du mouvement des piqueterospeut être saisi au travers de ces quelques données: en 2000, 90% des personnes ayant un emploi gagnent moins que par le passé; 15,7 millions vivent dans la misère (sur 36,7); le chômage et le sous-emploi battent des records historiques, alors que de la Rua avait fait de l'emploi le thème central de sa campagne électorale; 3,5 millions de jeunes (jusqu'à 24 ans) sont sans emploi, au moment où 300'000 adolescents quittent l'école au cours de leur scolarisation et que 30% ne terminent pas leur école primaire (un petit boulot permet, peut-être, de compléter la pitance familiale, mais la détresse n'est pas le meilleur instituteur); simultanément 36,4% des sans-emploi ont accompli tout leur cursus scolaire secondaire (lycée) ou universitaire et 37,6% des personnes sous-employées disposent d'un bon niveau de formation.

Voilà le cocktail explosif que préparait, avec un empressement obsessionnel, la paire: oligarchie argentine et transnationales impérialistes, coachée par les institutions financières internationales. Depuis le renversement du gouvernement de la Rua, les 19-20 décembre 2001, preuve est fournie que le stock de matière sociale inflammable accumulée est volumineux .

Discuter pour agir

La réunion de 1911 délégué·e·s de tout le pays, le 17 février 2002, marque une étape notable dans l'évolution de cette forme d'organisation. Tout d'abord, c'est la première réunion à l'échelle du pays après que la démonstration a été faite qu'un gouvernement peut être changé par l'action directe de la population. Les présidents de la Rua, puis Saa, se sont enfuis comme Ceausescu (le conducator roumain), car leur illégitimité était éblouissante.

Ensuite, ce Congrès devait répondre à quatre questions: 1° Faut-il négocier avec le nouveau président, Duhalde, tout aussi illégitime que les trois précédents? 2° Comment construire une double unité: en premier lieu, celle du mouvement des piqueteros, dont l'histoire diversifiée implique l'existence d'expériences différentes, de courants organisés, de sensibilités politiques diverses; en second lieu, l'unité des piqueteros avec les autres organismes auto-convoqués, les assemblées de quartier (de voisins, populaires)? 3° Quelle attitude adopter face au courant dit classiste de la CTA qui dispose d'une influence dans le Grand Buenos Aires? Ce courant envisage des négociations avec les institutions étatiques, cela alors que leur discrédit est très grand. En outre, le gouvernement, avec l'appui décisif de l'Eglise, tente de regagner du terrain (en utilisant la distribution de nourriture, d'emplois avec un salaire ultra-minimum), de diviser la mobilisation populaire et de reconstituer une certaine base sociale. 4° Quel plan de lutte adopter qui permette de concrétiser les débats et d'avoir un contrôle sur ce qui est fait, malgré la diversité reconnue et assumée du mouvement?

A la troisième question, après un riche débat, une solution est avancée par les délégués. La résolution adoptée le 17 février est la suivante: un appel est lancé au courant classiste afin qu'il rejoigne le Bloc piqueteronational. D'Elia manifestera de fortes résistances à cette proposition unitaire. Il attaquera vicieusement, à la TV, le Bloc piqueteronational.

Aux trois autres interrogations, les réponses offertes furent assez claires, ce après des interventions de 5 à 7 minutes d'un grand nombre de délégués (hommes et femmes). Primo, le rejet de la politique socio-économique de Duhalde, plus dure socialement que celle de de la Rua et qui est accompagnée d'une répression sélective.  Tout cela ne peut que faire obstacle à une négociation. Le mouvement doit s'élargir et se renforcer. Voilà le mot d'ordre. Un slogan est repris par toute la salle: «On va voir qui tient la baguette de chef d'orchestre: le peuple uni ou ce gouvernement fils de pute!»  Secundo, l'unité avec les assemblées populaires et les cacerolazosdoit être renforcée. Le thème de l'unité des structures autoconvoquées a constitué le fils rouge de la majorité des interventions. Après des prises de parole de délégués éclate, souvent, un mot d'ordre qui traduit un sentiment et une exigence unitaire: «Piquetero et cacerolazo, leur lutte ne fait qu'un». Tertio, une série de priorités ressortent: la libération de centaines de «combattants populaires» arrêtés, poursuivis devant la justice et assignés à résidence; envisager la jonction entre des entreprises occupées (la Zanon, fabrique de céramique à Neuquen) et les comités de piqueteros ainsi que les assemblées populaires; attacher une importance aux revendications de secteurs particulièrement frappés par la crise: les handicapés, les malades n'ayant pas accès aux médicaments et les fractions de la population les plus appauvries, comme celles de la «Patagonie de misère, rachetée par Ted Turner de la CNN ou la famille Benetton», selon la formule d'une déléguée; organiser une mobilisation nationale qui renforce la dynamique et fasse du  Bloc piqueteronational une référence incontournable, à tel point que D'Elia soit contraint de s'y rallier ou alors que sa politique oscillante apparaisse au grand jour.

Du 17 février au 17 mars

Un plan de lutte est adopté. Il est en voie de réalisation.

1° Le 20 février: concentration nationale sur place de Mai à Buenos-Aires. Voilà un «parlement populaire» de plus qui met en lumière la facticité du parlement issu des élections du 14 octobre 2001, ce parlement dont les élus n'osent plus - étant donné le risque de se faire bousculer - sortir dans la rue ou exiger des factures à leur nom dans les restaurants, afin de se les faire rembourser par les «services du parlement».

2° Le 25 février: couper tous les accès aux raffineries de pétrole  dans tout le pays, étant donné la politique de hausses des prix de l'essence et du fuel décidée par les firmes contre les «voeux»(pieux et hypocrites) de Duhalde.

3° Le 2 mars: mobilisation nationale à Mar del Plata (au Sud de Buenos-Aires, à quelque 400 kilomètres, au bord de l'océan Atlantique) pour la libération d'une figure symbolique du mouvement: Raul Castells et aussi Emilio Ali et d'autres «prisonniers sociaux et politiques». Est de même exigée, avec une force récurrente, la condamnation des responsables policiers et politiques de la tuerie du 19-20 décembre (plus de 30 morts). Le Mouvement indépendant des retraités et chômeurs (MIJD), une des composantes de relief du Bloc, organise le même jour, à Bainfield (banlieue au sud de Buenos-Aires), une mobilisation avec les mêmes objectifs, assurant la présence de toutes les forces intégrant le Bloc national.

4° Du 11 au 15 mars, 10 marches de piqueteros(rivières accueillant des affluents locaux) en provenance de «l'intérieur» doivent drainer le pays et faire confluer les manifestants sur la place de Mai.

L'échéance du 15 mars a son importance car elle doit permettre de tester la jonction entre le Bloc piqueteronational, les assemblées populaires et la mobilisation étudiante qui a commencé avec «l'ouverture» des écoles, des lycées et des universités, le 4 mars. Le constat est déjà fait de la déliquescence dans lequel se trouve le système de formation. Les enseignants ne savent pas s'ils vont être payés. Les élèves du primaire ne recevront plus une aide minimale (bonos), alors que le prix du «cartable scolaire» a augmenté de 30% au moins. Les étudiants qui comptaient sur un petit boulot pour financer leurs études constatent que les «opportunités d'emplois» se sont réduites. Nous ne mentionnerons pas les prix d'inscription et d'écolage d'un système d'enseignement largement privatisé.

C'est dans ce contexte - marqué aussi par une abondance d'initiatives locales - que doit se tenir, le 17 mars, l'Assemblée nationale des assemblées populaires. La démocratie directe, venant d'en bas, acquiert une force qui fait pâlir d'envie les initiateurs du budget participatif de Porto Alegre. Elle devrait susciter un intérêt soutenu auprès d'un de ses impulseurs qui a toujours mis l'accent sur la dimension de «mobilisation populaire» de ce projet4: l'ex-maire de Porto Alegre, Raul Pont.

1. Voir Le Courrierdu 21 février 2002.

2. Parce qu'une des formes d'action consista à couper les routes (le terme piquet renvoie à celui de piquets de grève), à y faire brûler des pneus, à organiser des «soupes populaires» autour de ces piquets, puis à développer toute une série d'activités liées à l'organisation de la «survie».

3. Un prochain article reviendra sur l'explosion de la paupérisation et la gestion par Duhalde de la crise économique.

4. Voir son livre: Raul Pont, Démocracia. Participaçao. Cidadania. Uma visao de esquerda.  Ed Palmarinca (Porto Alegre), 2000, 176 p.

 

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